Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Un chef d’oeuvre de la BD. Un homme qui s’agrippe et tente de construire sa vie.
Le combat ordinaire de Manu Larcenet
Oscillant entre grosse marrade et profonde déprime, humour léger et crises d’angoisses, ce combat ordinaire dévoile un homme qui doute, se cherche, et se confronte (voir, se retrouve confronté bien malgré lui) pour tenter d’avancer.
Et c’est beau, sensible et d’une grande finesse
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un jeune photographe, en pleine interrogation existentielle, se retire à la campagne. Il rencontre alors un vieux pêcheur, une jeune femme vétérinaire et l'amour, avec les choix qu'il implique
Terrasses, c’est la vie qui aime, joyeuse et impatiente et qui va rencontrer la mort, l’arbitraire, la violence indicible.
Terrasses ou Notre long baiser si longtemps retardé de Laurent Gaudé
Comment comprendre ce que tout sépare ?
Au travers des voix qui seront au mauvais endroit, Laurent Gaudé célèbre la vie, l’entraide, l’amour et la résilience face à la barbarie
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) J'ouvre les yeux. Je me dis que cette journée est belle puisque nous allons nous voir ce soir. Je souris à l'idée de ce rendez-vous et sens, dès le matin, cette boule dans le ventre qui dit que je t'aime peut-être plus que je ne le pensais.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Vendredi 13 novembre 2015, il fait exceptionnellement doux à Paris - on rêve alors à cette soirée qui pourrait avoir des airs de fête. Deux amoureuses savourent l'impatience de se retrouver ; des jumelles s'apprêtent à célébrer leur anniversaire ; une mère s'autorise à sortir sans sa fille ni son mari pour quelques heures de musique. Partout on va bavarder, rire, boire, danser, laisser le temps au temps. Rien n'annonce encore l'horreur imminente.
Laurent Gaudé signe, avec Terrasses, un chant polyphonique qui réinvente les gestes, restitue les regards échangés, les quelques mots partagés, essentiels - écrit l'humanité qui éclot au cœur d'une nuit déchirée par l'impensable. Et offre à tous un refuge, face à un impossible oubli.
Mariée de force, battue et violée par son mari, Fatemeh va être pendue dans quelques jours. Elle en profite pour écrire son histoire, la suite des événements qui ont précédé la sentence.
La muette de Chahdortt Djavann
Aujourd’hui, des femmes sont lapidées pour être tombées amoureuses et avoir eu des relations en dehors du mariage. Aujourd’hui, des femmes sont violées et battues en toutes impunité.
Chahdortt Djavann raconte à travers la voix de Fatemeh, une vie de femme en Iran. Et c’est glaçant !
Une autrice indispensable, une plume qui découpe les faux-semblants mieux qu’un scalpel
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh, mais je n'aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était la nièce de la muette. La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt : ma mère m'avait nommée Fatemeh parce que j'étais née le jour de la naissance de Mahomet, et comme j'étais une fille, elle m'avait donné le prénom de la fille du Prophète. Elle ne pensait pas qu'un jour je serais pendue ; moi non plus.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « J'ai quinze ans, je m'appelle Fatemeh mais je n'aime pas mon prénom. Je vais être pendue bientôt... »
L'amour fusionnel d'une adolescente pour sa tante muette, l'amour passionné de celle-ci pour un homme tournent au carnage dans l'Iran des mollahs. Chahdortt Djavann fait un récit incisif et dénué de tout artifice. Une histoire qu'on n'oublie pas.
Que signifie le voile, socialement, culturellement, religieusement ?
Chahdortt Djavann a une vision très claire sur la question. Née en Iran et ayant vécu l’arrivée de l’ayatollah Khomeini elle l’a porté de 13 à 22 ans.
Bas les voiles ! de Chahdortt Djavann
Elle dénonce dans ce court, mais très pertinent essai, l’aveuglement d’une société démocratique et laïque – la France – qui permet que des jeunes filles mineures se retrouvent obligées de porter le voile.
Et tout d’abord, pourquoi voile-t-on les filles ? Pourquoi que les filles ? Que veut-on montrer en cachant leurs cheveux, leur corps ?
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) J'ai porté dix ans le voile. C'était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) «Mais qu'est-ce que c'est que porter le voile, habiter un corps voilé ? Que signifie être condamnée à l'enfermement dans un corps voilé puisque féminin ? Pourquoi voile-t-on les filles, seulement les filles ? Pourquoi cache-t-on leur corps, leur chevelure ? Qui a le droit d'en parler ?
J'ai porté dix ans le voile. C'était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle.»
Roman absurde sur l’absurde ou roman drôle sur la tristesse ?
Ces confessions à un ficus sont un peu de tout ça tout en parlant de rupture, du monde du travail, de psychothérapie et de théâtre contemporain. Confessions à un ficus de Catherine Logean
Et c’est brillant ! Comme les feuilles d’un ficus qu’on aurait cirées
Un petit livre très (vraiment très) drôle qui se joue de Geoffroy qui peine à jouer. Paumé, largué, inadapté… mais sincère et touchant. Et capable, comme nul autre, de démontrer l’absurde par lui-même
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je me lève, mais je reste assis
Avant de revoir la lumière du jour devant un parterre de voisins curieux, compatissants, atterrés ou furieux - « mais que fait la régie ? » -, je suis resté coincé deux heures dans l'ascenseur. J'avais pour me distraire une facture, un prospectus annonçant une promotion sur les matelas Bico, au confort de couchage inégalé, et mon reflet dans le miroir: un individu ni grand ni petit, ni gros ni maigre, ni beau ni laid ; un compromis entre Laurel et Hardy.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Quand nous découvrons Geoffroy, le héros de ce roman, il est coincé dans un ascenseur, simple métaphore de l'existence pour cet employé timoré qui échoue superbement à faire son chemin. Doté d'un jumeau à qui tout réussit, il végète dans une entreprise d'emballage dont il va claquer la porte pour se consacrer au tri des pommes. Repéré par une metteuse en scène d'avant-garde qui porte haut l'art du vide, il subit les autres sans cesser de s'interroger, tant sur son absurde parcours que sur sa capacité à tout supporter.
Il faudra un ficus compatissant pour qu'il ose enfin sortir du cadre. Car il suffit parfois d'une plante de salon pour révéler une tragédie intime et bouffonne.
Catherine Logean, qui signe ici son premier livre, possède ce dont rare de faire rire avec un personnage aussi navrant que sincère.
Avec Jean, c’était souvent truculent, picaresque, avec du gras sur la viande, du bruit en mangeant la soupe, une bonne claque dans le dos et une chopine de gros rouge en fessant la bonniche. Azincourt par temps de pluie de Jean Teulé
La bataille d’Azincourt (vue du côté français), c’est une grosse défaite, la loose totale et une boucherie innommable. Une bataille qui sonnera la fin des guerres chevaleresques.
Et les goguenards français partis pour ne faire qu’une bouchée des anglais décimés par la dysenterie. Nobles et nobliaux fanfaronnant en tête, pleins de leur bravoure et de leur supériorité, vont se prendre la pâtée ! Le matin précédant la bataille. Peinture de Sir John Gilbert (1884)
C’est gaulois, drôle et enlevé, mais c’est une boucherie. Il fallait Jean pour raconter ça
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Jeudi 24 octobre 1415
- Tiens, voilà aussi le poète !... Parmi les plis remuants de sa bannière trempée, on aperçoit un serpent couronné avalant un enfant. C'est celle du duc Charles d'Orléans!
- Oh, père, le neveu du souverain? Il semble jeune d'allure.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Azincourt, un joli nom de village, le vague souvenir d'une bataille perdue. Ce 25 octobre 1415, il pleut dru sur l'Artois. Quelques milliers de soldats anglais qui ne songent qu'à rentrer chez eux se retrouvent pris au piège par des Français en surnombre. Bottés, casqués, cuirassés, armés jusqu'aux dents, brandissant fièrement leurs étendards, tous les aristocrates de la cour de France se précipitent pour participer à la curée. Ils ont bien l'intention de se couvrir de gloire, dans la grande tradition de la chevalerie française. Aucun n'en reviendra vivant. Toutes les armées du monde ont, un jour ou l'autre, pris la pâtée, mais pour un désastre de cette ampleur, un seul mot s'impose : grandiose !
Avec la verve qu'on lui connaît et son sens du détail qui tue, Jean Teulé nous raconte ces trois jours dantesques où, sous une pluie battante, des milliers d'hommes se sont massacrés dans un affrontement sanglant d'autant plus désastreux que cette bataille était parfaitement inutile.
Glôdine est seule, depuis un peu trop longtemps. Elle veut changer ça !
Journal cru et trop intime d’une fille qui voulait se taper la terre entière de Sarah Treille Stefani
Ce livre est le journal de ses efforts pour rencontrer l’homme qui la serrera dans ses bras… Car bien sûr, ça ne sera pas aussi simple que ça.
C’est drôle et piquant, ça sent le désespoir et les incompréhensions. Et comme une toxico en manque, Glôdine est prête à toutes les compromissions pour une dose de câlins
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Samedi 18 avril, 23 h 35
Je m'appelle Glôdine.
Alors non, c'est pas une blague.
Et oui, c'est un prénom.
Glôdine.
Bon okay.
C'est pas Glodine.
C'est...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Je fuis les hommes parce qu'ils ne m'aiment pas comme je voudrais qu'ils m'aiment. Avant, c était une stratégie pour qu'ils me courent après. Mais comme personne ne me rattrape jamais, maintenant, c'est une devise. »
Elle a 34 ans et elle s'appelle Glôdine.
Pas vraiment laideron mais un peu bougon, Glôdine est persuadée que son prénom lui porte la poisse avec les mecs qui la voient davantage comme une bonne pote que comme une target potentielle.
Un jour, Glôdine, passablement bourrée, retombe sur le carnet Diddle de ses 12 ans et décide de se lancer un défi : trouver l'homme de sa vie avant d'avoir noirci la dernière page du carnet.
Si c'est un échec, alors elle partira en transhumance estivale avec un troupeau de chèvres.
À travers ce récit cru et sans tabou, Sarah Treille Stefani nous fait entrer dans l'intimité d'une anti-héroïne qui ose tout.
Chloé est gentille, elle essaye. Elle est aussi mère et belle mère… Vivent les familles recomposées (et relire l’excellent Ma belle, de Camille Anseaume). Elle est aussi voisine. Et dans l’immeuble c’est pas la joie à tous les étages.
Une époque en or de Titiou Lecoq
Un livre souvent drôle et assez bien foutu sur les violences familiales et la difficulté pour l’extérieur d’intervenir… ou trop tard ? Et ce, même avec la meilleure volonté.
Un livre aussi sur les secrets de familles.
Alors, avec tout ça, il faut faire quoi ? Se taire ou parler ?
Mais voilà, Chloé ne sait pas trop la fermer
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Commencer par le début ? Oui, vous avez raison de me le préciser. Peut-être même que je pourrais finir par la fin. Désolée... Non, je ne prends pas les policiers pour des abrutis. Mais je vous avoue que je gère mal les rapports d'autorité.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Chloé Berthoul habite la ville moyenne de Gabarny avec son compagnon, sa belle-fille et son fils. Seule petite folie dans son quotidien, le lundi elle se défoule au BMA, le club des Belles-Mères anonymes. La lassitude la guette, entre deux crises d'angoisse sur le réchauffement climatique. Comment reprendre sa vie en main quand le seul espace de liberté est de changer de fournisseur d'électricité ?
Soudain tout bascule avec la révélation d'un secret de famille. Chloé va devoir jongler entre un trésor perdu, des masculinistes hargneux, un plan pour la fin du monde, une grand-mère machiavélique et un lave-vaisselle qui ne se vide pas tout seul.
Une époque en or est l'histoire d'une famille ordinaire tout à fait géniale. Un roman qui déborde de vie, d'adrénaline et de paniers de linge sale.
Dans ce délicieux essai anarcho-jouissif, Lydie prend la parole pour revendiquer le droit à la paresse pour toutes et tous. Une paresse créative ! Elle invite à repenser le monde économique de ces Messieurs-les-apologistes-du-travail-des-autres et à la célébration du niente.
Depuis toujours nous aimons les dimanches de Lydie Salvayre
C’est très court, poétique, drôle et terriblement vivant.
Et en plus… ma foi… à bien la lire… voilà qui pourrait faire penser !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Depuis toujours nous aimons les dimanches.
Depuis toujours nous aimons nous réveiller sans l'horrible sonnerie du matin qui fait chuter nos rêves et les ampute à vif.
Nous aimons rester longuement les yeux fermés dans la pénombre et enlisés dans la douceur des draps. Nous aimons nous déplier lentement, lentement nous ouvrir,
nous déployer,
nous répandre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Depuis toujours nous aimons les dimanches.
Depuis toujours nous aimons nous réveiller sans l’horrible sonnerie du matin qui fait chuter nos rêves et les ampute à vif.
Depuis toujours nous aimons lanterner, buller, extravaguer dans un parfait insouci du temps.
Depuis toujours nous aimons faire niente,
ou juste ce qui nous plaît, comme il nous plaît et quand cela nous plaît. »
En réponse aux bien-pensants et aux apologistes exaltés de la valeur travail, Lydie Salvayre invite avec verve et tendresse à s’affranchir de la méchanceté des corvées et des peines. Une défense joyeuse de l’art de paresser qui possède entre autres vertus celle de nous ouvrir à cette chose merveilleuse autant que redoutable qu’est la pensée.
Après être tombé sur Un certain Monsieur Blot, j’ai eu envie de relire ce bon vieux bestseller du Major. Et grand bien m’en a pris !
Les carnets du major W. Marmaduke Thompson : découverte de la France et des français de Pierre Daninos
70 ans après, Marmaduke a bien pris quelques rides, mais l’humour de Daninos reste toujours aussi taquin. Et les deux côtés de la Manche prennent tour à tour quelques petites pichenettes bien ajustées.
Avec des dessins très fifties de Walter Goetz, ce petit chef d’oeuvre d’humour (aux nombreux clichés, certes) fera sourire encore bien longtemps sur les arts de la tables, l’éducation, le mariage, l’hospitalité, le tourisme… et bien d’autres différences culturelles.
Les carnets du major W. Marmaduke Thompson : découverte de la France et des français avec les illustrations de Walter Goetz
Alors, après toutes ces années, les français et les anglais ont-ils beaucoup changé ?
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) May I introduce myself ?...
Un anglais correct - si j'ose risquer ce pléonasme sans choquer mes honorables compatriotes - ne saurait, à moins de perdre du même coup toute dignité, parler de lui-même, surtout au début d'un récit. Mais, à l'instar des astronautes, qui, à partir d'une certaine distance, échappent aux obligations de la pesanteur, je ne me sens plus soumis dès que je suis projeté sur le Continent aux lois de la gravité britannique.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Abandonnant la chasse au tigre, le major W. Marmaduke Thompson décide d'explorer la jungle française et consigne ses observations sur les autochtones, leurs comportements, leurs manies, leurs qualités, leurs défauts... Les Carnets du major Thompson sont un des plus grand succès de ces dernières années. Traduit dans vingt-huit pays, ce chef-d'oeuvre d'humour fait l'objet d'éditions scolaires et universitaires en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suède, aux Etats-Unis, etc.