Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Philippe Besson sait raconter les histoires. Il sait alterner les plans larges avec les portraits, les paysages et les macros, l’action et l’émotion, le présent et les flash-back, la douleur et le mélo, entretenir le suspense et laisser surgir les révélations. Sans qu’il n’y paraisse, il captive et tient le lecteur jusqu’au bout de chaque page.Une pension en Italie de Philippe BessonEt quand l’histoire est belle, triste mais belle, déchirante et magnifique, qu’elle raconte une vie et une époque, il réussit à toucher juste, avec une sorte de délicatesse impudique
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Longtemps, dans notre famille, cette histoire a été tue. Ma grand-mère, pourtant une femme douce, avait imposé le silence à ses filles au moyen d'une sentence prononcée sur le ton de la menace : « Nous ne devrons jamais en parler. » Celles-ci avaient observé le pacte à la lettre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Milieu des années 60, en Toscane.
Un été caniculaire.
Une famille française en villégiature.
Un événement inattendu.
Des vies qui basculent irrémédiablement.
Un secret qui s'impose aussitôt.
Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité.
Mêlant suspense et sensualité, Une pension en Italie est un roman solaire sur le prix à payer pour être soi, en écho à Chambre avec vue et Sur la route de Madison.
Quand l’obsession, le manque, la jalousie, le désir et la dépendance sombrent dans la folie.À table ! de Tiffany TavernierÀ table ! monte gentiment en puissance pour plonger en enfer. Celui d’une maîtresse folle d’un homme adultère. Une femme prête à assaisonner dangereusement les plats d’un amant volage
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) C'est étrange, ça la gratte. Là, au bout de l'orteil, sur la peau douce comme celle des bébés. Elle frotte. Elle pose même ses lèvres puis un peu ses dents. Elle n'aime pas cette sensation. Elle ne la comprend pas. Il l'a quittée il y a environ une demi-heure et elle vient de se coucher. Trente minutes sur le drap roulé en boule avant de trouver le courage d'éteindre la lumière puis, là, pof, ce picotement à l'extrémité du corps. Elle ne sera donc jamais tranquille ? Là-haut, à l'étage, la vieille ne bouge pas. Rien ne la gratte, elle, pourtant, elle est en train de pourrir.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Marie rencontre Eli, un jour banal dans un lieu banal. Plus elle l'aime, plus elle s'enfonce là où le sexe et l'attente règnent en maîtres : chair archaïque, jouissance. Cela pourrait en rester là, mais dans cette obsession-peau, Marie décide de tuer son amant. En cinq repas. La nuit venue, dans sa cuisine, elle plonge ses mains dans les beurres et les pâtes. Face à la somptuosité des mets, Eli est dérouté : est-ce le goût de cette farce sublime qui rend soudain Marie plus attirante ? Ou cette façon bien à elle de l'amener plus loin qu'il n'étaient jamais allés ensemble ? Jeux de la bouche et de la mort : Marie ira-t-elle jusqu'au bout ? Dans ce récite mené au fil du couteau, Tiffany tavernier lève un pan de l'imaginaire féminin qu'on n'a jamais fini de découvrir, entre l'attirance et l'effroi. L'écriture est à l'image de l'ogresse qui se révèle ici à travers la cuisine : concise et crue.
Pour les amateurs de la cuisine sicilienne, cette cucina est un pur régal qui titille sensuellement les papilles des antipasti jusqu’aux dolci.La cucina de Lily Prior, trad. de Marie-France GirodMais en Sicile, quand la passion s’emmêle, tout n’est pas forcément simple. Mafia, église, famille et qu’en dira-t-on guettent le moindre faux pas et la vie dans les village peux vite devenir étouffante.Une histoire qui fera saliver les gourmands sans pour autant franchement combler les plus gourmets
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Dépose un tas de farine sur la table, la vieille table de chêne qui nous vient de Nonna Calzino, patinée par des années d'usage quotidien. Il en faut juste assez, ni trop, ni trop peu. De la fine farine de blé dur du moulin de Papa Grazzi à Mascali. Ajoute une bonne pincée de sel. Fais un puits et casses-y des œufs entiers extra-frais, plus quelques jaunes, puis incorpore un filet d'huile d'olive premier choix et quelques cuillerées d'eau froide.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Sexe et gastronomie, passion et désillusion, le tout saupoudré de mafia sicilienne : tels sont les ingrédients du premier roman sensuel et envoûtant de Lily Prior. Chant d'amour pour l'Italie, La Cucina est une célébration de la vie. Un roman irrésistible de parodie et de satire, farci d'images captivantes, de couleurs, d'odeurs et de saveurs intenses. Toutes les splendeurs d'une Sicile magique et troublante.
Ce liftier emporte tout près du ciel de la poésie. Juste là où elle embrasse la prose avec passion.Le liftier des anges de Raoul PastorRaoul Pastor raconte sa vie, ses amitiés et le théâtre. Instants exaltés ou l’angoisse touche la jouissance, la scène et le partage, la mise en scène et les doutes.
Un théâtre où le « je » se confond avec lui. Et vient la fin, avec nostalgie, regrets et souvenirs lumineux
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Jaune et ocre pâle ou blanc. On ne distingue pas le ciel de l'air. On respire sous daltonisme.
Le silence est immobile.
La mer, pourtant si proche, se venge de son absence.
Les vieux, sous leurs bérets, ont quitté les trottoirs et leurs chaises pour se mettre à l'abri dans l'ombre de leurs femmes et des volets clos.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un quart de siècle de direction théâtrale a ceci d’agréable qu’il laisse peu de place à la tiédeur : il y a ceux, nombreux, qui vous haïssent, et il y a les autres, chez qui vous avez laissé un souvenir, une bribe d’émotion, une trace quelconque, et qui éprouvent un sentiment qui va du respect à l’amitié. Ou quelque part entre les deux.
« Ce splendide récit où se mêlent tant de choses essentielles étreint la gorge et l’estomac. L’amitié, l’amour, le travail, la ville, les gens. Ce sentiment double de la plénitude et de l’incomplétude d’une vie. L’auteur a l’art de raconter ce qu’il a connu, souffert, aimé. Il atteint le rêve de l’écrivain, mettre en scène sa réalité, avec vigueur et la distance nécessaire. »
Un homme dangereux, cruel, riche, charismatique et puissant. Il ne faut pas, mais Aslı est irrésistiblement attirée.Boléro de Ahmet Altan, traduction de Julien Lapeyre de CabanesEt quand, en plus, sa femme et lui semblent en jouer, son désir devient besoin et l’éloignement synonyme de manque.Du désir en Turquie où les jeux de pouvoir et d’argent se mêlent et où le roi d’hier risque le cachot demain.
Une variation originale d’un triangle de désirs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Si ma raison cherche à entraver ma chair, je l'étranglerai à mort. Ainsi se parlait-elle, pleine de résolution et de sang-froid. Deux fois encore, elle le répéta à voix haute. Comme si elle voulait intimer à son esprit, dont les tentatives d'obstruction l'inquiétaient, de ne pas s'engager sur cette voie.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Aslı, médecin d'une cinquantaine d'années et femme au caractère affirmé, est recrutée afin de soigner les douleurs de dos de Mehmet, un homme énigmatique qui dit avoir été procureur. Elle vit à Ankara mais se rend tous les week-ends dans la propriété de campagne de son patient et y fait la connaissance de Romaïssa, son épouse, avec qui elle noue une relation amicale. Peu à peu séduite par Mehmet, dont elle comprend qu'il cache bien des choses, Aslı plonge dans l'intimité du couple et dans le passé tortueux de Mehmet, au risque de se perdre.
Et Simenon de s’amuser à conter un bonheur amoral. La jouissance au milieu de la douleur. Une rencontre adultère dans un train de la débâcle alors que l’Allemagne s’empare de la France.
Un homme marié dont la femme va bientôt accoucher vit quelques jours passionnés avec une ancienne prisonnière, sous les tirs des Stukas, au milieu de la misère. Il est pourtant heureux. Il l’aime. Le train de Georges SimenonUn de romans durs sous la forme d’une confession. Des livres longuets où il semble qu’à chaque chapitre, Simenon tente de justifier sa vie dissolue, ses passions, sa boulimie sexuelle en nous prenant à témoin : « Voyez, je ne suis pas seul »
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Quand je me suis éveillé, les rideaux de toile écrue laissaient filtrer dans la chambre une lumière jaunâtre que je connaissais bien. Nos fenêtres, au premier étage, n'ont pas de volets. Il n'y en a à aucune maison de la rue. J'entendais, sur la table de nuit, le tic-tac du réveille-matin et, à côté de moi, la respiration scandée de ma femme, presque aussi sonore que celle des patients, au cinéma, pendant une opération. Elle était alors enceinte de sept mois et demi.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Juin 40
L'exode pousse des millions de civils sur les routes de la France défaite. Dans la débandade générale, sous les bombes de stukas allemands, un train file vers le sud. Parqués dans la foule de ce train, un homme et une femme. Elle est une jeune juive. Il est commerçant près de Maubeuge et, à la première alerte, sa famille a été dispersée.
Dans la pénombre et la promiscuité du wagon à bestiaux bondé, sans mot dire, les deux inconnus s'allongent côte à côte. Lentement ils s'étreignent, s'accouplent. Étonnés, ils accomplissent quelque chose qui ressemble à l'amour.
Une voix suffit-elle pour une histoire d’amour ? Pas sûr.
Mais pour une escapade érotique, certainement. Et lorsque les parfums, les vents et le sable des bords de l’Atlantique, le grain de la peau, et un brin de folie s’emmêlent… mÆL s’envole !L’amazone d’Arcachon : ou la chica del Chupa Chups de mÆLUne femme danse avec la passion.
Un petit livre à l’érotisme flamboyant, regorgeant d’invitations poétiques, de musiques, de fantaisies typographiques et parsemé de QR codes (qui ne fonctionnent tristement pas tous) pour un voyage à fleur de peau
Un livre délicieusement sucré à suçoter au bord de mer
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) 26 juin 2024, 12h30, Aéroport de Bordeaux
Je me retrouve au milieu du hall des arrivées, ma petite valise à la main. J'y ai enfourné trois tenues : celle de la petite fille bien sage, rose pâle, celle de la femme fatale, rouge passion, et celle de la mondaine, similicuir noir. They say the clothes make the woman, mais pas le moine. If you are what you wear, you'd better dress the part you want.
Enfin !
Je me sens comme une gamine.
Demain c'est mon anniversaire.
Je me suis fait un cadeau d'anniversaire.
J'ose enfin aller au bout de mes fantaisies.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un contact sur Instagram, une voix, une photo...
S'abandonnant à la folie, qui la tient depuis des années, une gamine dans le corps d'une femme ─ féminine et coquine qui plus est ─ va retrouver un homme convoité. Ballottée entre son insoutenable légèreté de l'être et l'étrange objet de son désir, elle exprime sans fard ses ressentis. De l'autofiction à la réalité, elle gomme la frontière entre réel et imagination pour raconter sa vérité. Pour ce faire, elle innove, coupe un patron inédit dans la langue, jongle avec les mots et redessine la mise en page.
Un livre sur le désir amoureux qui ne devrait pour vous laisser indifférent.e.s.
Mesdames, une réflexion osée et libertaire. Messieurs, une mise à nu sexy et audacieuse.
Quelle claque, quelle violence ! Lu en un souffle, je me suis fait exploser par Toutes les vies.Toutes les vies de Rebeka WarriorUne histoire ─ dans l’ordre ─ d’amour, de maladie, de mort et de deuil. Avec des drogues et du zen. Tout ensemble pour un cocktail qui hurle sa douleur. Un livre incroyable qui se permet même parfois d’être drôle, cultivé et touchant.
Un théâtre d’amour grand-guignolesque, un cri de plus de 260 pages écorchées, torrides et glaciales, un tour du monde psychotropique, une machine à baffes d’une sincérité à cœur ouvert
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Pauline et moi étions amoureuses depuis de nombreuses années.
Elle avait vingt-huit ans et moi trente et un quand nous nous sommes rencontrées.
Nous faisions à peu près la même taille et le même poids.
Nous pouvions échanger tous nos vêtements sauf les chaussures.
Elle avait des cheveux longs, châtains, des yeux noirs et de magnifiques petits seins.
Son odeur me rendait folle.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Une nuit, dans notre bicoque sur la plage, j'ai fait un drôle de cauchemar.
La mort contournait la moustiquaire et tentait perfidement de s'introduire dans notre lit.
Elle attendait tapie dans l'ombre que je m'endorme pour s'infiltrer et prendre Pauline.
C'était elle qu'elle voulait.
Elle s'en fichait de moi.
Je lui mettais des bâtons dans les roues.
Ça ne lui plaisait pas.
Je passais la nuit à monter la garde.
La mort était mécontente.
Au petit matin, je m'étais assoupie, elle était venue souffler près de mon visage.
Elle avait murmuré quelque chose, mais je n'avais pas compris quoi.
Elle parlait latin ou suédois.
Juste pour me faire chier. »
Premier roman virtuose, Toutes les vies est le récit d'une histoire d'amour sublime, d'un deuil impossible et d'une quête spirituelle qui sauve.
Alors que le livre commence avec l’émancipation d’une jeune marocaine – issue d’une richissime famille – à Paris, le récit sombre rapidement dans une histoire bien plus glauque.La hchouma de Dounia HadniUne jeune femme sous l’emprise d’un homme, certes bien consentante et pourtant en souffrance, dans une relation destructrice.
Conte moderne des injonctions contradictoires qui ne mènent qu’à la destruction de la personnalité ou banale histoire d’une jeune femme ayant perdu tous repères et incapable de se retrouver ?
La voix de Sylia qui décrit, avec une fascinante froideur clinique, sa propre désintégration
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) « Tu vois, ma petite Sylia, rien ne pourra jamais nous arriver, parce que les chiens de la ferme que tu aperçois sur le toit, ils seront toujours là, à leur poste, suspendus pour veiller sur nous. »
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Sois polie sois jolie, ne ris pas trop fort juste un peu, tiens-toi bien, ne bois pas trop mais un peu quand même, cache-toi pour manger c'est ramadan. Démaquille-toi pour avoir l'air pâle, attends montre ? Mais tu ressembles à rien, maquille-toi. Fais voir tes belles jambes baisse les stores, fais comme si tu étais pieuse comme si tu aimais faire l'amour. Comme si tu n'étais pas toi. »
Écartelée entre des dictats contradictoires visant à faire d'elle « une bonne Marocaine » et « une vraie Parisienne », une jeune femme se débat et lutte pour sa liberté. Un premier roman coup de poing.
Les romances, non merci, me dis-je habituellement. Et pourtant, de temps à autres, je les retrouve dans mes mains avec plus ou moins de bonheur. Et cette fois-ci, c’est un carton complet ! Une vraie merveille bien au-delà d’une bluette nunuche. Une histoire de vies aux ramifications élaborées et aux personnages complexes.Aimer de Sarah ChicheUn roman qui commence bien sombrement, dans la violence, la manipulation et les abus. Des enfants qui deviendront adultes et puis, forcément, vieux…
Deux parcours de vie qui se croisent et s’éloignent, la vie avec des joies, des enfants, la maladie… La vie, donc
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Comme Alexis, Margaux avait neuf ans. Ils étaient dans la même classe, mais ne s'étaient jamais adressé la parole. D'ailleurs, personne ne parlait à Margaux, sauf l'institutrice de cette école où elle était arrivée trois jours après la rentrée scolaire. Margaux ne cherchait pas davantage la compagnie des autres.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Suisse, 1984. Margaux, neuf ans, se jette dans les eaux glacées du lac Léman. Pétrifié, Alexis, son camarade de classe, assiste à son sauvetage. Entre les deux enfants naît alors une complicité vibrante. Mais bientôt, Margaux disparaît mystérieusement. Quarante ans plus tard, tous deux se retrouvent par hasard. Lui, ancien consultant, a tout quitté, rongé par la culpabilité du scandale lié au Duroxil, un opioïde qui a ravagé l'Amérique. Elle, après une enfance dramatique, est devenue écrivain, célibataire et heureuse de l'être, mais ses romans sont peuplés de fantômes. Entre eux, l'amour est intact, aussi brûlant qu'au premier jour. Mais aimer à cinquante ans, est-ce encore possible, quand un père se meurt, quand les enfants grandissent loin, quand le monde lui-même semble s'effondrer ?
De l'enfance à l'âge mûr, de la Suisse de la fin du siècle dernier à la France des années 2020, en passant par les États-Unis où s'annonce déjà le retour de Donald Trump, Aimer dessine une fresque éblouissante sur ces instants où tout peut encore basculer. Un souffle de vie inouï traverse ce roman lumineux, sur la grâce des secondes chances.