Protocoles

Les procédures déresponsabilisent. Il suffit de faire juste, comme indiqué dans le manuel, obéir, scrupuleusement. Quel que soit le résultat, ignoble, infect ou inhumain, l’essentiel est de s’en tenir au protocole. Déshumanisé.

La seule échappatoire à la mort est la mort elle-même. Vous échapperez à la mort si vous mourez avant. De maladie de vieillesse de suicide. Pour que cela n'arrive pas, vous serez surveillé, vous serez soigné jusqu'à la dernière minute.
Protocoles de Constance Debré
Constance Debré raconte la peine de mort aux États-Unis, elle s’y raconte aussi, factuelle, brève, à l’essentiel.

Il n’y a pas de bourreau. Il y a des membres d’équipes qui accomplissent leur tâche. On applique des protocoles on suit des procédures on respecte des règles. Personne ne tue.

C’est éprouvant, hypnotique comme un cristal de roche. Une lecture fascinante et écœurante

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Vous avez été condamné à mort. Cette réunion a pour objet de vous informer des règles et procédures applicables les trente-cinq prochains jours. À l'issue de cette réunion vous serez amené dans une cellule spéciale où vous demeurerez jusqu'à votre exécution.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ici on achète les âmes.

Comment les chats nous apprennent à résister au fascisme

L’idée est drôle, la couv’ attirante et le potentiel évident… et pourtant.

La plus charmante des boules de poils dissimule tout un arsenal de griffes tranchantes comme des rasoirs, et elle n'a pas peur de s'en servir.
Elle ronronnait tranquillement sur vos genoux, et soudain, elle vous donne un coup de patte parce que vous avez osé la caresser au mauvais endroit.
Mon ventre ?! Mais tu es dingue ?!
Comment les chats nous apprennent à résister au fascisme de Stewart Reynolds, illustrations de Pablo Amargo, trad. de Santiago Artozqui
Il me reste comme un petit sentiment de gâché après cette lecture un petit peu drôle et qui aurait mérité un poil de talent-travail-créativité-humour supplémentaire.Chapitre trois
Renversez les objets en stratègeEt à bien regarder les chats sur leurs canapés… pas vraiment sûr que l’on puisse compter sur eux pour contrer la (re)montée du fascisme

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les chats ne laissent jamais personne deviner où ils comptent aller, et vous devriez faire de même.
Le fascisme prospère sur le terreau du prévisible ; alors, semez le trouble ! Bondissez de but en blanc sur un fauteuil avant de descendre les rideaux en rappel.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les chats, maîtres absolus du sans-gêne et du chaos stratégique, mettent en œuvre depuis des siècles, l'air de rien, des tactiques de survie face à l'oppression. Il est grand temps pour nous, humains, de nous y intéresser.

Comment les chats nous apprennent à résister au fascisme révèle en onze leçons les secrets pour déjouer les tentatives de domination et reprendre le pouvoir. Qu'il s'agisse de rester agile et imprévisible, de veiller à toujours avoir les griffes acérées ou de réclamer son dû avec l'aplomb d'un matou affamé, ce livre distille des enseignements aussi subversifs que pratiques contre l'autoritarisme.

Alors, invoquez le félin qui sommeille en vous ! Les chats ne demandent pas la permission : pourquoi le feriez-vous ?

Une pension en Italie

Philippe Besson sait raconter les histoires. Il sait alterner les plans larges avec les portraits, les paysages et les macros, l’action et l’émotion, le présent et les flash-back, la douleur et le mélo, entretenir le suspense et laisser surgir les révélations. Sans qu’il n’y paraisse, il captive et tient le lecteur jusqu’au bout de chaque page.

J'ai conscience de ce qu'on m'objectera : comment puis-je savoir, ou croire que je sais ce qui se jouait dans la tête de Paul ? Il n'a jamais dérapé, jamais ouvertement parlé non plus.
D'accord, je spécule.
Pas tout à fait, néanmoins.
On est renseigné désormais, documenté sur la lutte muette, incessante, cruelle que tant d'hommes, et surtout ceux de cette génération et de celle qui l'a suivie, ont menée contre leur propre nature. Beaucoup ont témoigné, ils ont raconté la petite voix intérieure, les affres, l'angoisse qui dévore, la terreur permanente,
Une pension en Italie de Philippe Besson
Et quand l’histoire est belle, triste mais belle, déchirante et magnifique, qu’elle raconte une vie et une époque, il réussit à toucher juste, avec une sorte de délicatesse impudique

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Longtemps, dans notre famille, cette histoire a été tue. Ma grand-mère, pourtant une femme douce, avait imposé le silence à ses filles au moyen d'une sentence prononcée sur le ton de la menace : « Nous ne devrons jamais en parler. » Celles-ci avaient observé le pacte à la lettre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Milieu des années 60, en Toscane.
Un été caniculaire.
Une famille française en villégiature.
Un événement inattendu.
Des vies qui basculent irrémédiablement.
Un secret qui s'impose aussitôt.
Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité.
Mêlant suspense et sensualité, Une pension en Italie est un roman solaire sur le prix à payer pour être soi, en écho à Chambre avec vue et Sur la route de Madison.

La fille de la foudre

Je ne suis pas une terre fertile pour le bonheur. C’est avec ce brutal incipit que Gabrielle Boulianne-Tremblay ouvre ce livre qui semble avoir été écrit en un seul souffle, un cri.

Tout un crépuscule s'offre à moi en parfums. Nos vélos dévorent les kilomètres. Nos visages rencontrent quelques insectes qui meurent sous le choc. Jaden s'étonne que je prenne les devants. Personne n'aura plus à ramasser derrière moi les cristallines éructations de ma détresse. Je commence à être heureuse pour rien, c'est quand même plus reposant que d'être triste pour tout.
La fille de la foudre de Gabrielle Boulianne-Tremblay
Elle nous raconte sa difficile relation avec l’alcool, les hommes et, finalement, avec elle-même. Une écriture écorchée à la recherche d’un amour qu’elle peine à s’offrir.

Un livre qui touche par sa sincérité. Une femme trans perdue dans un ouragan de violence la recherche de douceur et d’apaisement.

Avec une couv’ en collages de la géniale Sara Hébert

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je ne suis pas une terre fertile pour le bonheur.
Je m'agrippe au comptoir du Quai des Brumes pendant qu'il me parle, comme pour ne pas tomber dans un précipice. Les gens au bar bougent comme des algues.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La fille de la foudre est amoureuse du chaos. Avec l’alcool, elle tente de freiner la fulgurance de ses pensées. Au fil du temps elle comprend qu’il ne faut pas désirer ce que tout le monde désire et utilise l’amitié comme ancrage. Dans sa nouvelle vie, elle tente la sobriété mais s’intoxique à travers l’amour des hommes. Alors qu’elle recolle les parties éclatées de son passé, elle fait la rencontre de Khalil, homme lunaire passionné de minéralogie avec qui elle cartographie la blessure d’un paysage intérieur. Sous le regard des pierres, une femme prépare sa renaissance.

Faut-il être végane ? : éthique d’un mode de vie

Pour une base solide, le bon sens ne suffit pas. Savoir que les conditions de vie et d’abattage des animaux produits industriellement sont ignobles, cruelles, indignes et irrespectueuses ne suffit pas à construire une argumentation académique.

Par un phénomène de contagion sociale, nos habitudes de consommation influencent celles de nos proches, qui influencent à leur tour celles de leurs proches, et ainsi de suite. La croissance du nombre de véganes est alors exponentielle. Si l'on suppose, pour simplifier la démonstration à l'extrême, que chaque végane parvient à convertir deux personnes à son mode de vie, combien d'étapes de conversion pensez-vous qu'il faille pour atteindre le seuil des 10000 véganes nécessaires pour réduire la production de poulets ? Pas plus de treize. (Le nombre total de véganes après k étapes est nk = 2k+1-1. Après douze étapes, nk = 8191. Après treize étapes, n, = 16383.) Moyennant à peine treize étapes de conversion, votre choix de devenir végane aura causé - indirectement, certes, mais causé tout de même - l'atteinte d'un seuil permettant d'épargner environ 10000 poulets. Difficile de faire plus efficace !
Faut-il être végane ? : éthique d’un mode de vie de François Jaquet et Malou Amselek
Ici, mot est défini, chaque prémisse est analysée, chaque conclusion argumentée, que ce soit pour la production, l’achat ou la consommation de POA (Produits d’origine animale).

Un livre scolaire et académique (assommant) qui ne se contente pas de dire que tout cela est une grosse saloperie, mais qui le démontre

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La population humaine mondiale a récemment dépassé la barre des 8 milliards. Pour sa consommation, 83 milliards d'animaux terrestres sont tués chaque année. Bien davantage si l'on tient compte des poissons, au sujet desquels les statistiques sont toutefois moins précises. Parce qu'ils sont trop nombreux pour être dénombrés, on se contente de les peser. Sur cette base, les estimations médianes évaluent leur quantité à environ 1500 milliards, soit 187 fois plus d'individus qu'il n'y a d'humains sur Terre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quoi qu'il demeure le fait d'une minorité, en à peine une décennie, le véganisme est devenu un authentique sujet de société, un thème clivant qui ne laisse personne, ou presque, indifférent. Si la question de sa moralité a fait l'objet de développements majeurs dans la littérature scientifique internationale, en France, seuls quelques livres lui sont consacrés, dont plus ou moins aucun ne relève de l'éthique. Faut-il être végane ? vise à combler cette lacune. François Jaquet et Malou Amselek s'attachent en premier lieu à fournir une définition du véganisme, qu'ils conçoivent comme le mode de vie excluant la production, l'achat et l'utilisation de biens d'origine animale. Ils soumettent ensuite à un examen critique les arguments le plus souvent mobilisés en faveur et à l'encontre de ces trois pratiques. Rédigé dans un style sans verbiage, l'ouvrage se distingue par sa clarté et la rigueur de son argumentation. Il offre une introduction incontournable au débat contemporain sur l'éthique du véganisme.

À table !

Quand l’obsession, le manque, la jalousie, le désir et la dépendance sombrent dans la folie.

Chaque jour, elle dresse la table d'une couleur différente. Elle achète une nappe, des serviettes, deux belles assiettes plates, deux assiettes à desserts et deux autres blanches à fond creux pour le velouté. Elle aime ce moment où elle ouvre son portefeuille pour célébrer la beauté de ces repas qu'elle pourrait, aujourd'hui ou demain, partager avec lui. Elle est gosse. Elle est belle. Elle relève les deux manches et parle au cuivre des casseroles pour l'éblouir, lui, l'amant. Elle fera tout elle-même : la confiture pour les desserts, les sorbets, la terrine de poisson gras, la crème, le yaourt, le beurre clarifié.
À table ! de Tiffany Tavernier
À table ! monte gentiment en puissance pour plonger en enfer. Celui d’une maîtresse folle d’un homme adultère. Une femme prête à assaisonner dangereusement les plats d’un amant volage

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est étrange, ça la gratte. Là, au bout de l'orteil, sur la peau douce comme celle des bébés. Elle frotte. Elle pose même ses lèvres puis un peu ses dents. Elle n'aime pas cette sensation. Elle ne la comprend pas. Il l'a quittée il y a environ une demi-heure et elle vient de se coucher. Trente minutes sur le drap roulé en boule avant de trouver le courage d'éteindre la lumière puis, là, pof, ce picotement à l'extrémité du corps. Elle ne sera donc jamais tranquille ? Là-haut, à l'étage, la vieille ne bouge pas. Rien ne la gratte, elle, pourtant, elle est en train de pourrir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Marie rencontre Eli, un jour banal dans un lieu banal. Plus elle l'aime, plus elle s'enfonce là où le sexe et l'attente règnent en maîtres : chair archaïque, jouissance. Cela pourrait en rester là, mais dans cette obsession-peau, Marie décide de tuer son amant. En cinq repas. La nuit venue, dans sa cuisine, elle plonge ses mains dans les beurres et les pâtes. Face à la somptuosité des mets, Eli est dérouté : est-ce le goût de cette farce sublime qui rend soudain Marie plus attirante ? Ou cette façon bien à elle de l'amener plus loin qu'il n'étaient jamais allés ensemble ? Jeux de la bouche et de la mort : Marie ira-t-elle jusqu'au bout ? Dans ce récite mené au fil du couteau, Tiffany tavernier lève un pan de l'imaginaire féminin qu'on n'a jamais fini de découvrir, entre l'attirance et l'effroi. L'écriture est à l'image de l'ogresse qui se révèle ici à travers la cuisine : concise et crue.

Un rendez-vous particulier

En 2022, Martina enchainait les Rendez-vous. En 2025, c’est LE rendez-vous ! Toujours accompagnée par ce cher Monsieur qui propose de trouver la force dans des œuvres d’art.

Nous sommes avec Sixtine devant une légère soupe miso dans laquelle flottent des carrés de tofu sans goût, mais ce n'est pas mauvais. Nous avons également commandé des sashimis et des brochettes de poulet avec du fromage fondu et du riz parce que nous avons faim et que nous sommes trop amorties pour prétendre à des carrières de mannequins ; même chez les seniors elles mesurent 1 mètre 80 et sont maigres avec des liftings, parce que si tu es maigre et âgée, généralement le visage est chiffonné comme celui d'Iggy Pop, sur lui c'est perçu comme sexy, mais une femme qui ressemble à un iguane, ce n'est pas considéré comme socialement acceptable. Le vieux monde était misogyne certes mais le nouveau l'est toujours.
Alors foutu pour foutu, je vais prendre un mochi aussi, merci.
Un rendez-vous particulier de Martina Chyba
L’occasion de rire avec elle de nos paradoxes et de persévérer encore et encore dans cette cinquantaine qui n’est pas tendre, même si elle n’est pas vraiment ferme non plus

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'urologue de mon ami Max est une personne adorable.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À Paris, sur les marches du Sacré-Cœur, j’ai rencontré un homme. Grâce à une erreur sur un site de rencontres. J’ai eu peur que cet inconnu me découpe en rondelles, et que l’on ne retrouve jamais mon corps. Mais j’ai couché avec lui le premier soir et aujourd’hui nous formons un couple. Enfin, nous essayons.

Dans les contes de fées ou les comédies romantiques, les personnages surmontent des obstacles, se rejoignent, cela se termine par un baiser, ils furent heureux et tout et tout. Mais dans la réalité, c’est exactement à ce moment-là que les emmerdements commencent. N’est-ce pas ?

La preuve : un jour, l’homme des marches du Sacré-Cœur me redonne rendez-vous au même endroit et me demande de l’épouser. Je me trouve aspirée dans une histoire faite d’événements follement joyeux, mais aussi infiniment tragiques.

Nous, les quinquas, sommes une génération qui croit qu’elle a toujours 30 ans. Nous vivons en baskets, mais aussi en état de crise. En amour, comme au boulot, nous nous retrouvons parfois sur le marché, alors que nous ne sommes pas encore des légumes. Et terrorisés de finir au compost.

Heureusement, il y a des soirées soupe et des amis. Et pour m’aider, j’ai un psy pas comme les autres. Déjà, il est jeune et beau. Et il ne prescrit pas d’antidépresseurs. Mon thérapeute à moi ne prescrit que des œuvres d’art.

Et vous savez quoi ? Ça marche.

L’héroïne, inspirée du vécu de l’auteure, cumule les rôles et les défis, entre amis, travail, enfants, deuils, années qui passent, soucis de santé et amours compliquées. Avec un seul objectif : rester vivante, toujours. Ce livre, plein d’humour et sans tabous, nous aide à déculpabiliser tout en explorant le pouvoir guérisseur de l’art.

Alyte

Après être passé (un peu péniblement, je l’avoue) sur la gamme chromatique, j’ai réussi à entrer dans cet album qui m’a rapidement emporté. Une histoire où la vie côtoie la mort dans un cycle qui pourrait sembler naturel… s’il n’y avait léthalyte, la route et ses voitures.

Alyte de Jérémie Moreau
Un conte qui remet un peu les pieds sur terre en rappelant la dure réalité des chaînes alimentaires et l’emprise toujours grandissante de l’humain sur son environnement.

Et pourtant, aussi brutale et implacable soit elle, Jérémie Moreau arrive à mettre beaucoup de poésie (un poil mièvre) à cette démonstration

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est temps de retrouver Lymphore, mes enfants.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Soudain, un vacarme vrombissant déchire le crépuscule. Lorsque revient le silence, un crapaud gît sur le bitume. Regroupant ses dernières forces, il porte son chapelet d'oeufs jusqu'aux eaux salvatrices de l'étang - et du seul oeuf indemne éclot un têtard orphelin : Alyte est un survivant. A peine né, et déjà il faut se battre ! échapper aux oiseaux, aux ours et autres dieux du monde de la rivière. Heureusement, un saumon lui montre comment se servir des courants et déjouer les pièges. Ce saumon s'appelle Iode, c'est son premier ami. Plus tard, Alyte rencontrera un chevreau et un aigle ; un hibou, et enfin Axon, le plus vieil arbre de la forêt. Chacun d'eux lui parlera du monde à sa façon, l'éveillant à ses beautés. Et bientôt viendra le temps pour Alyte de prendre soin, à son tour, d'un nouveau chapelet d'oeufs. Il lui faudra alors, comme son père avant lui, franchir la léthalyte. Cette ligne droite qui traverse la forêt et gronde à l'approche des animaux. Cette ligne noire qui les fauche sans raison, face à laquelle le minuscule Alyte n'a presque rien à opposer, sinon son immense soif de vie. Après Le Discours de la panthère, Jérémie Moreau continue son exploration du sauvage qui vit à nos côtés, aussi proche qu'invisible. Parmi la multitude de drames qui s'y jouent, il choisit de mettre en scène le plus redoutable : celui de la confrontation avec un monde humain absurde et aveugle, sa violence mortifère, sans but et sans égards. Avec Alyte, un Jérémie Moreau toujours plus virtuose invite son lecteur à changer son rapport au vivant et entrer, comme ce valeureux crapaud, en résistance.

Indésirable

Sam n’est ni homme ni femme, ou alors et femme et homme. Et lorsqu’iel s’installe dans un petit village de France… ça passe difficilement.

La main à la pâte
Les clés. Ce n'est pas grand-chose, des clés. On en manipule tous les jours, on n'y fait même plus attention, sauf à les perdre ou les oublier. Or les clés que maître Boisrond vient de pousser vers elui sur son immense bureau, Sam ne les considérera jamais comme de simples morceaux de métal dentelés.
Iel n'oubliera jamais ce moment.
Durant le court trajet entre l'étude et la Maison du Disparu, Sam peine à démêler le lacis de sensations qui læ parcourt.
La main à plat sur le mur, iel fait le tour du bâtiment. Puis, d'un geste solennel, ouvre la porte d'entrée. Entre. Chez elui.
Referme la porte.
 ─ Bonjour, la maison.
Indésirable de Erwan Larher
Une histoire pleine de retournements, de renversements… Mais surtout, une écriture géniale qui permet enfin à la langue française de s’adresser à celleux qui ne se retrouvent pas dans une vision par trop binaire.

Un roman qui se lit d’une traite mais qui pêche toutefois par une fin qui m’a semblé inutilement tarabiscotée, comme si l’auteur n’avait, au dernier moment, pas assumé son intention première

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'érotisme des vieilles pierres
Paysage bucolique à tendance bocagère, relief vallonné, revêtement routier récent ─ à l'oreille, probablement un béton bitumineux drainant. Comme sur la plupart des voies carrossables hors agglomération, la vitesse maximale autorisée insulte la puissance, la tenue de route et les équipements de sécurité des automobiles récentes. Ces vingt dernières minutes, Sam a failli se faire flagrant délinquer deux fois par des radars mobiles de type Vitronic PoliScan F1 HP. Et maintenant que le moindre quidam à penchants délateurs peut prêter serment pour moucharder ses semblables, rien ne dit qu'un radar embarqué, dont sont friands les collecteurs de taxes, n'ait pas croisé sa trajectoire infractionnelle.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand Sam Zabriski s'installe à Saint-Airy, dans la maison dite «du Disparu», le destin de ce village rural au riche passé historique bascule.
Ici, on se méfie un peu des étrangers. Ici, on décatit très bien entre-soi. Ici, on a des certitudes, dont celle que l'humanité se compose d'hommes et de femmes. Or impossible de deviner à quel genre appartient Sam, par ailleurs énigmatique quant à son passé. L'incertitude et l'inconnu dérangent, les passion s'exaltent, les tensions s'aiguisent. Après quelques escarmouches, la guerre est bientôt déclarée. Personne n'en sortira indemne.
Roman noir, roman politique, étude de mœurs, Indésirable déroule cinq années de la vie d'un microcosme perturbé par l'arrivée d'un corps étranger. Et forge une langue pour exprimer le dissemblable.

De bouche à bouches

Est-ce à cause des couleurs un peu froides de la couverture ou de son personnage guère attachant ? Cette appétissante histoire ne m’a pas vraiment emporté et je n’ai pas vraiment réussi à en goûter toutes ses alléchantes recettes.

De bouche à bouches de Chantal Pelletier
Une histoire pour les gourmets. Celle d’une femme qui a perdu le goût et ne cesse de tenter de retrouver les saveurs de la vie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Tu n'aurais pas dû !
Crispé sur son volant, il ressassait ça sur la petite route des crêtes en faisant la gueule au pare-brise.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jeune photographe égoïste et immature perd le goût à la suite d'un accident. Bouleversée, elle abandonne ce qui faisait jusqu'alors sa vie et se sauve au bout du monde. Arpentant les étals des marchés, elle palpe, inspecte, renifle les délices qui s'offrent à elle et finit par s'initier à la cuisine, et, surtout, au bonheur de nourrir. En emplissant le ventre des autres de plats qu'elle invente et mitonne sans relâche, elle apprend à donner et à recevoir, à désirer et à aimer.
Chantal Pelletier évoque avec audace les plaisirs des sens dans ce roman qui met l'eau à la bouche.