Ma vie de chouette : moi, dame blanche, pas si différente de toi

Alexandre Roulin est un chanceux privilégié (ce n’est d’ailleurs pas que de la chance, mais beaucoup de travail), il est passionné et vit de sa passion. Les oiseaux, et plus spécifiquement, les chouettes effraie.

Ce discours semble dénué de cœur, et il l'est. Les effraies, comme les autres organismes vivants, se projettent dans le futur et n'ont que faire de la nostalgie. Les parents préfèrent les premiers-nés, non pas parce qu'ils ont déjà investi plus de ressources pour eux que pour les derniers-nés mais parce qu'ils sont plus forts. Comme ils sont plus costauds, leurs chances de survie sont plus élevées. Pour les parents, cela signifie qu'ils peuvent s'attendre à avoir des petits-enfants avec les premiers-nés plutôt qu'avec les derniers-nés.
Ma vie de chouette : moi, dame blanche, pas si différente de toi de Alexandre Roulin et Christine Mohr

Alternant entre sa vie et celle des chouettes qu’il observe depuis plus de 40 ans, il partage sa fascination avec talent, pédagogie et un enthousiasme fort communicatif

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je n'ai pas attendu longtemps pour commencer à observer les oiseaux. À 7 ans, en 1975, j'avais déjà des jumelles autour du cou. Depuis, je n'ai jamais arrêté, c'est bien la seule chose qui soit restée aussi constante dans ma vie. Tous les jours, je chevauchais mon vélo pour rejoindre un étang et y observer les migrateurs qui y avaient fait escale. Je ne tenais pas en place, comme ces oiseaux au long cours. Tout le temps envie de faire quelque chose en lien avec les animaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Il était une fois une chouette qui faisait peur à beaucoup par son aspect de dame blanche fantomatique et ses chuintements grinçants. L’effraie des clochers a pourtant plus à craindre des humains que nous n’avons de nous en méfier. Surtout, cette silhouette élégante qui peuple les nuits de son vol furtif a beaucoup de points en commun avec nous. Diplomatie, chasse, espionnage, solidarité, adultère, divorce, éducation des petits… : les comportements de cet oiseau pas si rare mais menacé ne manquent pas de sel. Il en résulte 10 leçons de morale sauvage dans lesquelles Alexandre Roulin, un des meilleurs spécialistes de la chouette qu'il côtoie et étudie depuis plus de 40 ans, se met en scène pour dévoiler les coulisses authentiques de ses recherches et tisser des parallèles saisissants entre cet oiseau et nous les humains.
Coécrit avec Christine Mohr, professeure de psychologie, spécialiste de l’analyse des comportements humains et des superstitions, ce récit original et jubilatoire sur la vie et les mœurs de ce rapace nocturne, plus proche de nous qu’on ne le pense, ne cessera de vous mener de surprise en surprise.

Journal d’un paysan

C’est la vie, les emmerdes, les bonheurs, le fric qui manque, le travail (beaucoup, tout le temps), les craintes, le climat qui se réchauffe, les copains, les collègues, les employés, les arbres, les cultures, la famille… C’est la vie d’un paysan (agrumiculteur) qui fait du bio en France.

Hiver
Dimanche 4 décembre
Je voulais cueillir des clémentines, il pleuvait comme vache qui pisse. Je me suis fait un jus avec les petites impossibles à éplucher, en regardant les nuages se vider. L'odeur de la pluie d'hiver est l'un des parfums les plus évocateurs que je connaisse.
Journal d’un paysan de Jean-Noël Falcou
Alors, oui, le journal a forcément un petit côté répétitif, mais pourtant, il n’y a pas un seul jour pareil ! Car Jean-Noël Falcou a tout l’air d’un hyperactif et bosser avec lui ne doit pas être de tout repos (pas du tout, même !), et il ne s’en cache pas. Mais il aime la terre, les arbres et la vie. Et pour cela, il ne compte pas.

Un magnifique journal, vivant et passionné

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Dimanche 20 février 2022
Depuis 8 h 20 ce matin, c'est le printemps par ici. Il y avait bien quelques indices précurseurs, pour ceux qui se soucient de la fin de la floraison des amandiers, ou des rosiers centifolia qui débourrent malgré la sécheresse hivernale. Des indices oui, mais le printemps ce n'est pas ça. C'est une odeur changeante de la terre, une assurance imprévue du soleil, les rougequeues qui ne se sentent plus à leur place dans une vibration nouvelle connue de tous. Les saisons font mentir le calendrier.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Chaque soir, pendant un an, un paysan témoigne en quelques lignes de son activité du jour. Ses textes nous donnent accès à l'intimité rugueuse d'un métier fondamental devenu méconnu. On y trouve, entre autres, des bigaradiers, du désherbage, des souvenirs d'enfance, des oiseaux, des coups de gueule, des alambics... On y découvre de l'intérieur, dans l'oeil d'un naturaliste, des champs, une filière, un pays.
Ce journal rend compte d'un engagement corps et âme dans une vocation. Il est aussi une ode à la matière ─ naturelle, transformée, vivante, spirituelle.

La porte

Dans ce huis-clos malsain, un homme imagine, fantasme, jalouse…

 - A ta jalousie?
 - A toi... A moi... Je t'aime et je suis jaloux... Ne m'interromps pas... Ce que je dis est la vérité et elle n'est pas aussi belle que je le voudrais... Même si je ne t'aimais pas, mais que tu sois ma femme, je serais jaloux et je souffrirais... Tu com-prends ça ?
 - Peut-être. Tu as beaucoup souffert avec moi ?
 - Par moments... Ça vient, puis ça passe, et alors je suis parfaitement heureux... J'ai eu envie de dire follement heureux, car il y a des jours, quand je te vois descendre de l'autobus, où je me mettrais à crier de bonheur... Dès l'âge de quatorze ans, j'avais le désir du mariage, d'une femme à moi, d'un petit monde dont je serais...
Il hésitait.
 - Tu vois que ce n'est pas beau!... Un monde dont je serais le centre, dont je serais le maître... Pas tellement pour commander... Pour me sentir le plus fort... Je pensais à une femme qui aurait besoin de moi, qui n'aurait rien d'autre au monde, que je devrais protéger et rendre heureuse...
 - Tu m'as rendue heureuse...
La porte de Georges Simenon
Que se passe-t-il derrière la porte du voisin quand sa femme y pénètre ?

Un homme devient fou et emporte sa femme dans sa folie

Tous les romans durs de Simenon
100. La porte
99. Les autres 101. Les anneaux de Bicêtre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme dans beaucoup de vieilles maisons du quartier, les fenêtres, hautes et étroites, descendaient jusqu'à trente centimètres du plancher et des arabesques en fer forgé supportaient la barre d'appui. C'est à travers ces arabesques que Foy, de sa chaise, suivait plus ou moins consciemment les allées et venues de la rue. Il fronça les sourcils quand il vit la petite auto bleue du Dr Aubonne tourner l'angle de la rue des Francs-Bourgeois, s'engager dans la rue de Turenne et, traversant la chaussée en oblique, s'arrêter derrière le camion de la papeterie Herbiveaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un début de juillet. Dans leur appartement de la rue de Turenne, Bernard et Nelly Foy coulent une existence paisible et monotone, lui retrouvant grâce à des prothèses un semblant d'activité qui lui permet de peindre des abat-jour et de vaquer aux menus soins du ménage, elle travaillant au-dehors dans une importante maison de passementerie.

Le beurre de Manako

Si vous avez un petit souci de cholestérol, n’ouvrez surtout pas ce livre. Même la couverture risquerait de vous le faire grimper. Le titre ne trompe pas.

Je vais vous faire un aveu. On a beau me voir comme une croqueuse d'hommes, je ne suis pas de ces femmes vulgaires qui ne pensent qu'à la chose. Disons plutôt que je hais les femmes, tout simplement.
Le beurre de Manako de Asako Yuzuki, trad. de Mathilde Tamae-Bouhon
Car derrière une histoire de tueuse en série manipulatrice, se cache une histoire gastronomique à la française en plein cœur du Japon. Joël Robuchon devrait valider sans hésitation !L'acidité du vinaigre met en valeur l'onctuosité de la sauce au beurre blanc accompagnant l'oursin. La chair tiède fond sur la langue pour former une crème aux saveurs marines et se mêler au flan, dont elle partage la consistance, et où se fait encore sentir le goût du jaune d'œuf.Une enquête menée par une journaliste gourmande et fascinée qui dévoile un pays patriarcal avec toutes les injonctions et inégalités qui pèsent sur les femmes

Délicieux, mais un poil écœurant… doublement

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les étroites habitations aux façades écrues s'étirent à perte de vue le long des collines en pente douce.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le quotidien de Rika, jeune journaliste ambitieuse mais surmenée, est bouleversé quand elle rencontre Manako, une femme accusée d’avoir assassiné trois de ses amants.

Pleine d’assurance, Manako ne cache pas son amour pour la cuisine somptueuse grâce à laquelle elle a su garder ses hommes. Rika veut à tout prix l’interviewer, et Manako y consent à condition que celle-ci se plie à ses demandes culinaires. Fascinée par ce personnage, Rika accepte. Mais en changeant de régime alimentaire, elle gagne quelques kilos et pour la première fois, subit le regard des autres.

Entre emprise et velléités d’indépendance, Rika va mener son enquête sur le passé trouble de Manako, tout en prenant conscience des injonctions de la société à l’endroit des femmes.

Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique, Le beurre de Manako est un roman délicieux saupoudré de tension psychologique et un portrait panoramique du Japon contemporain.

La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.

Le président

Il y a plusieurs types de romans dur, des polars (plutôt rares), des tranches de vie (généralement sombres et aux problématiques inextricables), des fuites en avant, des familles qui se déchirent et, comme ici, des bilans de vies. Un homme (généralement) qui, au seuil de la mort, se souvient, infatué, de ses glorioles et de ses échecs.

Alors, bordé jusqu'au menton, recroquevillé sur lui-même, dans le silence total, dans une solitude où il n'y aurait plus, pour l'accompagner, que son pouls faiblissant, il s'en irait lentement, sans amertume, un peu mélancolique, et, très vite, libéré de la honte comme de l'orgueil, il réglerait ses derniers comptes.
Je vous demande pardon...
A qui ? Cela n'avait pas d'importance, il l'avait découvert. Il n'y avait pas besoin de nom.
J'ai fait ce que j'ai pu, avec toute l'énergie d'un homme et toutes les faiblesses d'un homme...
Verrait-il autour de lui les visages attentifs de Xavier Malate, de Philippe Chalamont, de son père, d'autres encore, celui d'Eveline Archambault, de Marthe, du chef de gare et de la petite fille au bouquet ?
Je reconnais que cela n'a pas été beau...
Le président de Georges Simenon
Un ex-président (de la France) comprend qu’il n’est bientôt plus et que sa gloire s’estompe en même temps que son influence politique.

Un récit un peu « vieille France », une stature dont nombre de politiques se rêvent certainement en début de carrière avant de goûter à l’ivresse du pouvoir

Tous les romans durs de Simenon
91. Le président
90. Le passage de la ligne 92. Strip-tease
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y avait plus d'une heure qu'il ne bougeait pas, assis dans le vieux fauteuil Louis-Philippe au dossier presque droit, au cuir noir usé, qu'il avait traîné pendant quarante ans de ministère en ministère et qui était devenu légendaire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans sa propriété normande des Ebergues, Augustin, ancien président du Conseil, vit désormais retiré, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu'il apprend que son ancien chef de cabinet, Philippe Chalamont, est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s'il n'a plus guère d'illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d'élever la voix.
Chalamont ─ il le sait, il en détient l'aveu signé ─ n'est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l'Etat pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme...
Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l'anéantissement.
Une oeuvre grave, tendue, dépouillée comme une tragédie classique, sur le thème éternel du pouvoir et de ses vanités.

L’homme qui regardait passer les trains

La vie d’un homme explose en un instant. Incapable de faire face, ruiné et se sentant trahi, il fuit, quitte femme et enfants et se dit que lui aussi, « il a le droit ».

Je ne parviens pas à comprendre pourquoi Paméla s'est moquée de moi quand je lui ai dit ce que je voulais. Tant pis pour elle ! Je ne pouvais pas m'en aller ainsi. Maintenant, elle doit avoir compris.
Si encore elle avait souri, ou riposté par une phrase ironique! Si même elle s'était fâchée ! Mais non! Après avoir regardé Kees des pieds à la tête, elle était partie d'un rire qui n'en finissait plus, un rire éclatant, hystérique, qui secouait sa gorge et lui donnait encore plus d'attrait.
 ─ Je vous défends de rire! avait-il prononcé sévèrement.
Mais elle n'en repartait que de plus belle, jusqu'à en avoir des larmes aux yeux, et il lui avait saisi les deux poignets.
 ─ Je ne veux plus que vous riiez !
Violemment, il l'avait poussée vers le lit, où elle était tombée.
L’homme qui regardait passer les trains de Georges Simenon
Et il ne va pas se gêner. Mais trouvera-t-il pour autant le bonheur ou sombrera-t-il ?

Avec Simenon, inutile de préciser que la descente ne sera pas joyeuse

Adapté pour le cinéma en 1953 par Harold French, avec Claude Rains et Marius Goring sour le titre The Man Who Watched the Trains go by
Tous les romans durs de Simenon
26. L’homme qui regardait passer les trains
25. Le Cheval blanc 27. Monsieur la Souris
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En ce qui concerne personnellement Kees Popinga, on doit admettre qu'à huit heures du soir il était encore temps, puisque, aussi bien, son destin n'était pas fixé. Mais temps de quoi ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Kees Popinga est fondé de pouvoir chez un marchand hollandais de fourniture de bateaux à Groningue avec une femme et deux enfants il s'est peu à peu enfoncé dans l'ennui. Un soir son patron lui apprend que son entreprise va déposer son bilan pour faillite frauduleuse. Se voyant ruiné, Kees Popinga voit son petit univers s'effondrer.

Les orphelins : une histoire de Billy the Kid

À son habitude, Eric Vuillard s’empare d’un fait ou d’un personnage historique, gratouille un peu la légende et s’intéresse d’un peu de plus près « à qui profite le crime » .

Après la reddition de Lee, et la fin du Sud, Quantrill continua à battre la campagne dans l'espoir de rançonner quelques soldats perdus et de tuer quelques Noirs. Le 10 mai 1865, une embuscade tourna mal. Touché en pleine poitrine par une balle, puis s'étant
pris un coup de baïonnette dans le derrière, il fut transporté à demi mort à l'hôpital de la prison militaire de Louisville. Là, on lui servit à la cuillère sa soupe de fayots et on lui fit boire chaque matin son café dans une vieille boîte de conserve. Un mois plus tard, il fut emporté par la fièvre. Il fut alors jeté dans une tombe anonyme.
On l'oublia.
Les orphelins : une histoire de Billy the Kid de Éric Vuillard
Inutile de chercher bien loin pour les motivations : l’argent, le pouvoir, les terres ! Et des pauvres types qui règlent les basses besognes et qu’on laisse tomber dès que le temps de la respectabilité est arrivé.Il neigea encore et encore. Il n'y avait à . présent plus de route, plus de repère, plus rien. Seulement du blanc. La poésie morte, les volcans éteints. Le Kid et ses compagnons se replièrent dans les collines, la troupe de Garrett avait repris la traque. La neige s'étalait sur leurs barbes incultes, les gros nez froids, comme s'ils avaient reçu la vérité petit à petit dans le visage.
Billy était couvert de neige, et dès qu'il se tournait vers le soleil, il entendait une voix qui lui parlait, douce, perdue. Ses yeux brillaient dans son petit visage de vieillard, il avait faim, il agitait sa tête en ricanant. Le cuir des cartouchières gelait. Charlie marmonnait, les chevaux soufflaient, la bouche tordue par le blizzard.Histoire de la crédulité au service de la cupidité dans les violentes périodes de la création des États-Unis, de l’accaparation des terres, de la guerre de sécession, de la loi du plus fort, du colt et du dollar. (L’histoire n’est-elle pas qu’un éternel recommencement ?)

Une écriture magnifique au service des petites crapules (derrière qui se cachent les grosses)

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À dix-sept ans, il tua son premier homme. C'est alors que sa vie commence. Les circonstances sont incertaines. Il paraît que l'homme s'appelait Cahill et travaillait comme forgeron à Camp Grant. Le lendemain, le juge de paix fut appelé pour enregistrer par écrit la déposition que voici : « Moi, Frank Cahill, convaincu que je vais mourir, je fais ce dernier témoignage. Mon nom est Frank P. Cahill. Je suis né dans le comté et le village de Galway, Irlande ; hier, 17 août 1877, j'ai eu une dispute avec Henry Antrim, qu'on appelle également le Kid, durant laquelle il m'a tiré dessus. Je l'ai traité de maquereau et il m'a appelé fils de pute ; nous nous sommes alors bagarrés, je ne l'ai pas frappé ; je l'ai vu essayer de prendre son arme et j'ai tenté de la saisir, mais je n'ai pas pu et il m'a tiré dans le ventre. »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et, à cette minute, il sut qu’il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche, toute proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s’évaporèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu'à l’arme, et il tira.

Trois chambres à Manhattan

Une romance de Simenon, c’est un truc un peu moche, désabusé, terne et résigné. Avec de l’alcool et plus trop d’illusions. Une passion avec de la vaisselle sale dans l’évier, des habits de la veille au pied du lit et les cendriers débordant de cigarettes écrasées.

Était-ce l'alcool qui la poussait à parler de la sorte ? Il y avait des moments où il jugeait froidement :
« C'est la femme de trois heures du matin, celle qui ne peut pas se décider à se coucher, qui a besoin d'entretenir coûte que coûte son excitation, de boire, de fumer, de parler, pour tomber enfin, à bout de nerfs, dans les bras de l'homme. »
Et il ne s'en allait pas! Il n'avait aucune velléité de la quitter. A mesure que sa lucidité grandissait, il se rendait davantage compte que Kay lui était indispensable et il était résigné.
C'était le mot exact. Il était résigné. Il n'aurait pas pu dire à quel moment sa décision avait été prise, mais il était décidé à ne plus lutter, quoi qu'il pût apprendre désormais.
Pourquoi ne se taisait-elle pas ? C'eût été si simple! Il l'aurait entourée de ses bras. Il aurait murmuré :
 ─ Peu importe tout cela, puisqu'on recommence.
Recommencer une vie à zéro. Deux vies. Deux vies à zéro.
De temps en temps, elle s'interrompait :
 ─ Tu ne m'écoutes pas.
 ─ Mais si.
 ─ Tu m'écoutes, mais, en même temps, tu penses à autre chose.
Il pensait à lui, à elle, à tout. Il était lui-même, et spectateur de lui-même. Il l'aimait et il la regardait en juge implacable.
Trois chambres à Manhattan de Georges Simenon
Personne n’y croit vraiment, mais faute de mieux, on se laisse emporter.

Un roman d’amour triste, bien foutu mais guère enthousiasmant

Tous les romans durs de Simenon
55. Trois chambres à Manhattan
54. Les noces de Poitiers 56. Le clan des Ostendais
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'était relevé brusquement, excédé, à trois heures du matin, s'était rhabillé, avait failli sortir sans cravate, en pantoufles, le col du pardessus relevé, comme certaines gens qui promènent leur chien le soir ou le matin de bonne heure. Puis, une fois dans la cour de cette maison qu'il ne parvenait pas, après deux mois, à considérer comme une vraie maison, il s'était aperçu, en levant machinalement la tête, qu'il avait oublié d'éteindre sa lumière, mais il n'avait pas eu le courage de remonter.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lorsqu'ils se rencontrent au milieu de la nuit dans un bar de Manhattan, Kay et Franck sont deux êtres à la dérive. Lui, acteur naguère célèbre, proche de la cinquantaine, tente d'oublier que sa femme l'a quitté pour un homme plus jeune. Elle, chassée de la chambre qu'elle partageait avec une amie, n'a plus même un endroit pour dormir... Mais si l'attirance entre eux est réciproque, peut-elle suffire à leur faire oublier les blessures de la vie? Redoutant de la perdre, jaloux de son passé et des hommes qu'elle a connus, aussi peu sûr d'elle que de lui, Franck sera bien près de saccager cet amour qui est peut-être sa nouvelle chance...
Georges Simenon nous guide au cœur de la grande ville, dans l'ombre de ces deux errants, avec la vérité et l'humanité qui lui ont attaché des millions de lecteurs et lui confèrent une des toutes premières places parmi les romanciers du XXe siècle.

Insomnia

Voilà vraiment le genre de merdouillasse qui a le don de me mettre hors de moi ! Chères éditions du Tripode et cher Olivier : quelle escroquerie !

Car derrière Insomnia se cache en fait Pharmakon, rien de plus ! Si ce n’est une couv’ plus chatoyante, un titre plus accrocheur, un peu plus de petits sous dans vos poches et un peu moins dans les miennes.

Ce livre est paru dans une première édition en grand format sous le titre Pharmakon.
Illustration de couverture
David Nockels
Le Tripode, 2022, pour la première édition
Le Tripode, 2026, pour la présente édition
Franchement, juste une note à l’intérieur !?! Sérieux ?

Voilà bien amer achat ! Je suis fâché

Alors foncez plutôt sur le brillantissime film de Christopher Nolan avec Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank